Chapitre 1

La pièce dans laquelle le Président venait d’entrer était plutôt sinistre : murs de métal, aucune décoration. En son centre, une table rectangulaire, avec cinq sièges autour. Un sur le plus petit côté, près de la porte, et les quatre autres répartis sur les côtés larges, face à face. De l’autre côté de la pièce, le mur était blanc. Un écran de projection. Le Président s’assit.

Les quatre autres personnes présentes dans la pièce s’étaient levées à son arrivée. Elles se rassirent toutes, à l’exception d’une, qui tenait une télécommande à la main. C’était un homme, dans la quarantaine, aux cheveux grisonnants. 

Le Président, du haut de ses presque soixante-dix printemps, salua d'un signe de tête  l’homme situé à sa droite. Il était son bras droit depuis plusieurs dizaines d’années. Un homme de confiance, assurément. Quoique. En ces temps décadents, en qui pouvait-on faire confiance ?

La voix de l’homme à la télécommande résonna dans la pièce lorsqu’il prit la parole.

  • Comme vous le savez, nous sommes ici pour parler du terrorisme qui s’abat de plus en plus sur notre planète. Je ne reviendrai pas sur l’organisation malfaisante qui organise ces actes monstrueux. Mais il semblerait que nous soyons sur la piste de leur leader. Si on joue bien notre coup, s’en sera bientôt fini de la rébellion.

Les gens autour de la table afficherent tous un air soulagé.

  • Merci, Amiral Bound, dit le Président. Mais comment comptez-vous faire ?
  • Nous avons captés des signaux étranges, répondit un autre homme. Provenant de notre vaisseau spatial militaire UWSS Discovery. Nous avons été incapables de les décrypter.

Le Président le fixait. Son regard exprimait à merveille ce qu’il souhaitait.

La suite, s’il vous plaît. Et vite…

Lorsque l’Amiral Bound reprit la parole pour venir en aide à son collègue, la moue du Président était tout aussi claire quant à ses pensées.

J’ai failli attendre…

  • Nous pensons infiltrer une taupe dans le vaisseau, afin éventuellement de percer le mystère du cryptage, mais surtout de démasquer les traîtres à bord.

Le dirigeant fronça les sourcils. Étaient-ils tombés si bas ?

  • Vous souhaitez infiltrer une taupe à bord d’un de nos propres vaisseaux ?
  • Oui, répondit un homme à gauche. C’est le principe. Cela peut paraître étrange, mais c’est bien cela. Nous savons être infiltrés par ce groupe terroriste. Le but serait de leur rendre la pareille.
  • Et comment souhaiteriez-vous faire cela, puisque nous ne sommes plus sûrs d’un seul de nos agents ? 

L’homme situé à droite du Président tourna lentement la tête vers ce dernier, puis prit la parole pour la première fois depuis son arrivée.

  • Nous allons infiltrer un nouveau. Nous suivons quelques futures recrues intéressantes depuis des années. Nous sommes sûrs d’eux à cent pour cent. Ils sont suivis et espionnés depuis des années. Nous sommes au courant de leurs moindre fait et gestes.

Le Président prit un air circonspect puis enchaîna.

  • Vous pensez à quelqu’un en particulier, Général Smith ? 

Le Général sourit. Le vieil homme ne connaissait que trop bien ce sourire. Le Général savait très bien sur quel terrain il se glissait et il se sentit soudainement intimement persuadé que le Général Andrew Smith avait une idée très précise derrière la tête.

  • Oui, monsieur le Président. Je pense à quelqu’un. Je pense beaucoup… 

Chapitre I












  • 98%, s’exclama Jonathan. C’est la note que Kidman voulait que j’atteigne au dernier examen de pilotage ! Tu imagines ?
  • C’est clair que c’est élevé, acquiesça Jeremy. Mais tu en es capable.

Tous deux, ainsi que leur ami Stéphane étaient devant la porte de l’école militaire où ils étaient élèves. Le mur d’enceinte, blanc étincelant, devant lequel ils se trouvaient, venait d’être fraîchement repeint. Le Recteur avait en horreur les murs sales. Il faisait repeindre cette maudite enceinte plus de quatre fois par an. Les étudiants, originaires de toute la Terre, voire même de Mars pour certains, en avaient fait une blague à répétition. Juste à côté, une affiche publicitaire géante affichait un couple devant un coucher de soleil. La femme tenait un bébé dans les mains. Le slogan, en grand, indiquait “Pour ne plus revivre une extinction de masse, protégeons nos biens”. En-dessous, en plus petit “Respectez le quota d’un enfant par couple”. Et tout en bas, en plus petit encore “La violation de la loi sur la procréation est passible de dix ans d’emprisonnement, pour le bien de tous, respectez les textes.”

  • J’en doute, répondit finalement Jonathan.
  • Et Val, demanda Stéphane. Comment elle va ?
  • Bien, répondit Jeremy. Elle s'est montrée plutôt compréhensive et m'a laissée bosser mes cours.

Ils attendaient que les portes de l’école s’ouvrent. Derrière elles, dans l’amphithéâtre numéro 3, les résultats de l’examen seraient bientôt affichés. En attendant, les conversations tournaient autour de tout et n’importe quoi, et l’anxiété commençait à se faire sentir. La trentaine d’élève s’impatientait.

  • C’est sûrement mieux comme ça, rétorqua Jonathan. On a quand même eu du fil à retordre avec ce foutu exam’ ! Quoique pour toi, c’était gagné d’avance…
  • Pour toi aussi, répondit Jeremy. Avec ta moyenne de 97% en pilotage, il te suffit de maintenir un 75% en physique spatiale, et un ridicule 35% dans les autres matières devrait te permettre de l’avoir les doigts dans le nez !
  • Et vous visez quoi comme moyenne ? demanda Stéphane. Pour moi, 60% serait suffisant. Le principal, c’est de l’avoir !
  • C’est clair, répondit Jeremy. J’aimerais bien 85%. Ce serait pas mal.
  • Autrement dit, enchaîna Jonathan, une magnifique place sur un vaisseau de commandement !
  • Oui, mais je vais sûrement demander à rester sur Terre.
  • Avec Valérie, enchaîna Stéphane.
  • Et vous, répliqua Jeremy. Vous voudriez quoi ?
  • Moi je prends ce qui vient, intervint Stéphane !
  • Quant à moi, enchaîna Jonathan, je ne sais pas trop… Si j’ai une bonne note et qu’on me propose une place à bord d’un vaisseau de classe M, je la prendrai sûrement. Ce sera assez tranquille. Il y a quand même dans les deux milles personnes sur un vaisseau de ce genre. Alors, évidemment, ce ne sera pas facile de se faire remarquer.
  • Tu oublies qu’avec tes 97% de moyenne en pilotage, tu t’es réservé une place en or près du Capitaine.
  • C’est vrai. Ce sera peut-être plus facile de se faire repérer.
  • Et entre nous, ajouta Stéphane. Tu as quand même un avantage certain sur la plupart des autres. Tu n’as pas de copine qui te retient sur Terre.
  • Sympa, répondit Jonathan. Merci de remuer le couteau dans la plaie, j'avais presque oublié !
  • Je suis désolé, répondit Stéphane en souriant.
  • Pourquoi tu es toujours seul ? demanda Jeremy. Pourtant, des filles, y’en a des milliards ! Et tu n’es pas trop moche, alors explique nous ce qu’il se passe.
  • Et bien, ce n’est pas compliqué. Je suis très timide avec les filles. Il faut que je les connaisse bien avant de pouvoir leur faire un plan drague. Et le problème, c’est que quand je suis prêt, soit elles ont déjà un copain, soit je suis entré dans la friendzone.
  • La quoi ? demandèrent, en même temps, Jeremy et Stéphane.
  • La friendzone. Quand tu connais bien une fille, amicalement je veux dire, tu entres dans la friendzone. Et une fois que tu y es, si tu demandes à la fille de sortir avec toi, elle croit que tu plaisantes, car elle ne voit plus en toi le prétendant possible, mais le meilleur ami, celui à qui elle raconte tous ses secrets.
  • Parce que pour toi, demanda Jeremy, les deux ne peuvent pas former une seule et unique personne ?
  • Impossible. Lorsque tu as une dispute avec Val, vous en parlez ensemble, par la suite ?
  • Pas toujours, non.
  • C’est normal. Toi, tu gardes tout pour toi, c’est l’attitude normale des mecs. Les filles, par contre, elles ont toujours leurs copains ou leurs copines. Et elles racontent tout à celui ou celle qu’elles estiment le plus. Et c’est comme ça que je connais les secrets les plus explosifs de la moitié des filles du campus.

Jeremy et Stéphane se regardèrent.

  • Elle est un peu fumante, ta théorie, lâcha finalement Stéphane.
  • Non, il a raison.

La voix, féminine, venait de derrière Jonathan. C’était une magnifique grande brune, mince et élancée. Tous les trois la connaissaient. Très bien, même. Ils étaient dans la même classe. C’était Sophie.

  • Vous voyez, enchaîna Jonathan. J’ai toujours raison.
  • Parce que toi aussi tu te confies à lui ? s’étonna Jeremy.
  • Bien sûr, c’est mon voisin !
  • Je te jure que tu peux passer chez moi tous les soirs, et chaque soir tu verras une fille différente en train de me raconter tous ses problèmes.
  • Ca aussi, c’est vrai, ajouta Sophie.
  • Et bien cite-moi en quelques unes.

Jonathan leva les yeux au ciel.

  • Okay. Alors il y a Sophie, Séverine, Lisa, Rachel, Sandra, Marie, Isabelle, Lydia…

Jeremy et Stéphane se regardèrent.

  • Monica, Jessica, Carrie, Elisabeth...
  • C’est bon, coupa Jeremy. Je te crois.

Les regards de Jonathan et Sophie se croisèrent, et se mirent à rire. Jusqu’à ce que Jeremy les coupe.

  • Et il n’y en a jamais eu une qui flashe sur toi ?
  • Oh que si, répondit Sophie. Mais ce dont John a besoin, c’est une fille franche et honnête.
  • Je ne comprends pas où tu veux en venir, répondit Jonathan.
  • Je crois qu’elle veut dire que si un jour tu as une copine, c’est parce que ce sera la fille en question qui t’aura draguée.
  • Tu comprends vite, remarqua Sophie.
  • C’est pas pour rien que je suis le premier de cette classe.

Jonathan était perdu dans ses pensées. Il était en train de retourner dans tous les sens la conversation qui était en train de se dérouler. Aimer et être aimé. Voilà ce qu’il manquait dans sa vie. Jamais il n’avait connu cela auparavant. Il saisit le médaillon qu’il avait autour du cou, et le caressa, le regard dans le vide.

  • John, tu restes avec nous ? demanda Stéphane d’un air ironique. A quoi tu penses ?
  • J’étais en train de me dire que j’aimerai bien me faire draguer.
  • Je suis sûre que tu la trouveras, la femme de ta vie, dit Sophie, un sourire aux lèvres.

A ce moment, un homme passa en courant, et bouscula Jonathan, qui faillit tomber à la renverse. L’homme ne se retourna pas, et s’excusa encore moins. Tous regardèrent Jonathan. Après un bref silence, Stéphane reprit la parole.

  • Tu ne dis rien ?
  • Dire quoi ?
  • Dévergondes-toi un peu, bon sang ! Tu es trop timide ! Ce gars, tu aurais pu le rappeler et l’engueuler un bon coup. Ca ne lui aurait pas fait de mal. Au lieu de ça, tu t’écrases.
  • Stéphane à raison, enchaîna Jeremy. Si tu ne réagis pas, tout le monde finira par te marcher sur les pieds.
  • Vous voyez, pour l’instant, mon attitude consiste à rester discret. Ca peut être dur à comprendre, mais en respectant ça, j’ai toujours évité les problèmes. Ca et le fait de rester calme.
  • Trop calme, même, dit Jeremy. Tu gardes tout pour toi. C’est très mauvais.
  • C’est vrai, acquiesça Stéphane. Tu ne t’énerves jamais. C’est stressant pour nous ! On dirait que tu flottes au-dessus des soucis.
  • Oh non, vous êtes loin du compte, répondit Jonathan. Je me comparerais plutôt à une pile. Non. En fait, ce qui conviendrait le mieux, ce serait plutôt une sorte de ballon se remplissant de gaz inflammable. Le tout suspendu au-dessus d’une flamme. Chaque fois que je me prends une attaque, il y a un peu plus de gaz qui entre dans le ballon. Et il a mis très longtemps à se gonfler. Maintenant, il est bien rempli. Alors, de temps en temps, il y a une petite fuite de gaz qui me fait hausser la voix. Et la fuite se colmate tout de suite. Mais un jour ou l’autre, le ballon éclatera, libérant tout le gaz qu’il contient, en plein sur la petite flamme située en dessous. Je suis sûr de rien, mais je pense que ce jour-là, il vaudra mieux ne pas être là.
  • A moins que le gaz ne souffle la flamme, répondit Jeremy. Auquel cas ça aura fait beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
  • N’empêche, enchaîna Stéphane, que si tu t’énervais un peu plus, au lieu de tout garder en toi, tu serais sûr de ne pas « exploser », comme tu dis.
  • Bon, j’essaierai de travailler sur la question. Ca vous va ?
  • Nous on s’en fout, dit Sophie. C’est pour toi qu’on dit ça !
  • Je promets d'essayer !

A ce moment, les portes s’ouvrirent, et les élèves se ruèrent dans l’enceinte de l’école.

  • Alors, confiant ? demanda Jonathan à Sophie alors qu’ils se mêlaient à la foule.
  • Pas trop, non. Mais bon. J’ai fait le maximum.

Les élèves entrèrent dans l’amphithéâtre, et s’agglutinèrent devant l’immense écran qui formait l’un des murs de la pièce. Au bout de quelques instants, des noms apparurent, par ordre alphabétique. En vert pour les admis, en rouge pour les recalés. Douze noms étaient déjà apparus, tous en rouge. Et la liste s’allongeait de plus en plus.

 

EECKMAN Jimmy - RECALE

FAIRMOUNT Mickaël – RECALE

FREEMAN Stéphane – ADMIS

 

Un soupir de soulagement se fit entendre dans la salle. Enfin un de reçu. Malgré ses doutes, Stéphane avait réussi le concours. Les noms continuèrent de défiler, tous rouges, mais un ressorti en vert.

 

GAUTIER Séverine – ADMISE

 

Un cri de joie retentit dans la salle. Jonathan se tourna en direction du son, mais ne la vit pas. Il faut dire que Séverine ne se démarque pas par sa taille, pensa-t-il, heureux pour elle. La liste des noms en rouge continua de défiler, jusqu’à arriver aux quatre derniers.

 

MORETTA Christopher – RECALE

MCCARTHY Jonathan – ADMIS

STETSON Jeremy – ADMIS

VANCROY Sophie – ADMISE

 

Tous les gens présents savaient pertinemment que le nom de Sophie signifiait la fin de la liste. Seulement cinq admis sur les trente-deux élèves de la classe. Une véritable catastrophe. Mais, fait étonnant, les cinq admis étaient aussi, sans mauvais jeux de mots, les cinq amis, unis comme les cinq doigts de la main. Pendant que Jeremy, Sophie, Jonathan et Stéphane se félicitaient, Séverine s’approcha d’eux.

  • Félicitations les amis !
  • Séverine, enchaîna Jonathan. Félicitations à toi.

La malheureusement trop longue liste de recalés sortit de la salle, certains en pleurs, pendant que les heureux élus continuaient de se jeter des fleurs. Soudainement, l’écran mural s’effaça, pour ne finalement plus afficher que les noms des admis, avec leurs moyennes.

 

FREEMAN Stéphane – 65%

GAUTIER Séverine – 72%

MCCARTHY Jonathan – 95%

STETSON Jeremy – 90%

VANCROY Sophie – 83%

 

Jonathan était soufflé. Il était major de la promotion. Il s’attendait à tout sauf à ça. Ca aurait du être Jeremy. C’était toujours lui le premier, d’habitude. Jonathan le regarda, et vit qu’il n’avait pas l’air très heureux. Il avait trop l’habitude d’être le premier.

  • Jonathan, dit Séverine. Regarde !

Jonathan tourna la tête en direction de l’écran, sur lequel une ligne avait été ajoutée. Il n’en revenait pas. Sa bouche s’était ouverte sous le choc.

 

MENTION SPECIALE pour MCCARTHY Jonathan : Pilotage – 100%.

 

Quand il sentit la main de Sophie se poser sur son épaule, il se rendit compte que tout le monde le regardait, y compris l’équipe des professeurs, située derrière. Tous applaudissaient. Jeremy, dans son coin, applaudissait également, pour suivre ses amis. Mais son visage était crispé et la manière dont sa bouche se déformait laissait comprendre qu'il se mordait l'intérieur des joues.

  • Ferme ta bouche, tu vas gober des mouches, dit Séverine.

Les professeurs approchèrent et tous discutèrent un long moment. Puis ils repartirent. Tous, sauf Jonathan, qui resta sur place quelques instants encore. Il prit le médaillon qu’il avait autour du cou. Un disque de deux centimètres de diamètre, seul vestige qu’il possédait de ses parents. Il le regarda longuement, puis le replaça sous son tee-shirt. Avant de sortir de la pièce, il jeta un dernier regard en arrière. Cette salle, qu’il connaissait si bien, c’était probablement la dernière fois qu’il la voyait. Il continua sa route puis sortit de l’école. Grimpant sur son scooter, il le mit en marche, et s’élança vers son appartement, flottant, zigzaguant entre les voitures, sur les routes de la banlieue d'Europa, longeant les immeubles d’une hauteur semblant infinie. Il arriva bientôt devant un bâtiment semblable aux autres, et se dirigea vers l’entrée du garage. La porte s’ouvrit, et il s’engouffra dedans. Ce n’était qu’une pièce, faiblement éclairée, ne pouvant pas contenir plus d’une voiture. La porte se referma derrière lui, et la pièce sembla se mettre en branle. Elle montait. L’analyse de la plaque minéralogique du scooter avait indiqué à l’ascenseur qui le conduisait, et où il fallait le déposer. Au bout de quelques instants, la pièce s’arrêta, et la porte s’ouvrit. Jonathan descendit du scooter, et franchit la porte. Elle se referma derrière lui, et emporta le scooter pour le ranger. Il était arrivé dans un grand couloir, largement éclairé. Régulièrement, il pouvait apercevoir des portes, encastrées dans les murs. Il s’arrêta devant l’une d’elle, et posa la main droite sur une plaque située à côté, ce qui eut pour effet de déverrouiller la porte et il entra. C’était son appartement. Il s’installa sur son ordinateur, qui lui indiqua qu’il avait un message. Il s’agissait de son affectation. Quand il lut le message, il n’en revint pas. Il serait Lieutenant de Passerelle sur le vaisseau de classe C UWSS Discovery. Il serait le pilote. 






  • Tu sais, tout à l’heure, tu n’avais pas tout à fait tort, dit Sophie.
  • A quel sujet ?

Ils étaient dans la chambre de Jonathan. Sophie s’était assise sur le lit, près d’un livre ouvert, mais retourné, dont on ne voyait que la couverture blanche, alors que Jonathan avait pris une chaise.

  • Sur le fait que les filles viennent tout te confier. Tu as mis en plein dans le mille. Comment tu sais que l’on parle rarement de nos problèmes à nos petits copains ?
  • Parce que si vous le faisiez, je ne devrais pas mettre un panneau « occupé » sur ma porte tous les soirs.

Ils éclatèrent de rire tous les deux.

  • Mais tu sais, reprit Sophie, tu devrais être content que les filles viennent te voir.
  • Et je peux savoir pourquoi ?
  • Parce que l’on ne confie nos secrets qu’à des personnes auxquelles on fait confiance.
  • Ce qui signifie ?
  • Que tu es la personne en qui j’ai le plus confiance.
  • Merci, répondit Jonathan en souriant.

Un silence de plomb s’installa alors. Aucun des deux ne savait comment enchaîner sur un autre sujet de conversation.

  • Sinon, dit finalement Jonathan. Comment ça va avec David ?
  • On a rompu, répondit calmement Sophie.
  • Oh, je suis désolé.
  • Ne le sois pas. C’est plutôt une bonne nouvelle.
  • Ah bon ? Vous aviez pourtant l’air d’un couple parfait !
  • C’est ce que l’on avait cru au début. Mais en fait, nous n’étions pas du tout fait l’un pour l’autre.
  • Alors, qu’est-ce que tu vas faire ?
  • Je vais oublier cette histoire en la classant dans le dossier « erreurs de jeunesse », et je vais repartir du bon pied ! Et j’ai déjà des vues sur une certaine Sandy. Pas mal foutue la gonzesse, il faut dire.
  • Une fille ? s’étonna Jonathan.
  • Ben oui ! Ca te dérange ?
  • Oh non, pas du tout ! Mais je préférerais que tu me les laisses ! Moi je ne suis pas très porté garçons…
  • Tu as bien tort ! C’est pas mal non plus les mecs !
  • Tu ne perds pas le nord, toi, s’esclaffa le jeune homme.
  • De toute façon, ça ne sert à rien de s’affoler.

De nouveau, un silence s’installa.

  • Tu as reçu ton affectation ? demanda finalement Jonathan.
  • Oui. Lundi prochain, je serai officiellement technicienne aux armes spatiales, au centre de recherches de La Cité. Et toi ?
  • Lieutenant de Passerelle.
  • Ola ! Ca ne rigole plus ! Et où ça ?
  • Sur le Discovery.

N’ayant jamais entendu parler de ce vaisseau, Jonathan avait dit ça d’un air naturel.

  • Le Discovery ? Génial ! 
  • Tu le connais ? demanda Jonathan, surpris.
  • Bien sûr ! C’est le plus grand vaisseau de la flotte ! Tu vas t’éclater à piloter ça ! Sinon… Tu n’a vraiment personne en vue à qui faire des adieux pour le départ ? Pas la moindre minette à l’horizon ?
  • Non, rien. Le vide intersidéral. Mon cœur est entièrement libre.
  • La fille avec qui tu finiras par sortir sera sûrement la plus heureuse du monde.
  • Pourquoi ça ?
  • Parce que tu l’aimeras vraiment. Tu en seras sûr. Et en plus, tu auras des années d’amour à rattraper !
  • Ouais. J’espère juste qu’elles ne se transformeront pas en dizaines d’années.

Sophie lui sourit. Puis elle tourna la tête et regarda le livre qui lui tenait compagnie sur le lit.

  • Tu lis quoi ? « Einstein ou les reliques de la Science par Alexandra Robertson ». Tout un programme !
  • Oh, ça ! C’est un livre écrit par une femme militaire de notre âge. D’une certaine manière, elle a réécrit Einstein. Une tête. Je suis fan d’elle. C’est une femme comme ça qu’il me faudrait.

Il sourit.

  • Ne rêve pas trop, quand même…





Sophie était partie depuis plus d'une heure. Jonathan, désespérément seul dans son lit, dans sa petite chambre d'étudiant, venait de finir de lire pour la seconde fois son livre de chevet. Son autrice le fascinait. Son style d'écriture lui paraissait si doux, si humain pour une scientifique. Il se demanda l'espace d'un instant s'il allait entamer tout de suite une troisième lecture ou s'il allait dormir.

Le jeune homme opta finalement pour une troisième solution et se leva. Il fit quelques pas et ouvrit le frigo. Le reste du repas précédent trônait fièrement, quelques pâtes avec un demi steak végétarien.

Le végétarien n'était pas trop sa tasse de thé, mais l'argent dont il disposait en tant qu'étudiant, même avec son petit job de serveur dans un fast food, ne lui permettait pas de manger de la viande tous les jours. Et il avait toujours refusé que les bonnes sœurs de l'orphelinat catholique où il avait été élevé ne l'aident financièrement. Elles avaient déjà beaucoup fait pour lui en l'élevant et en lui inculquant des valeurs qu'il jugeait primordiales : honnêteté, charité, écoute du prochain. Mais malgré toutes les bonnes actions qu'il avait déjà faite, il restait une question auquel personne ne savait répondre: qui étaient ses parents ?

C'est en se posant une fois de plus cette éternelle interrogation qu’'il retourna se coucher après avoir avalé rapidement sa fin de repas et qu'il s'endormit, l'esprit plein de doutes.





  • Et toi Séverine, demanda Jonathan. Tu vas où ?

Ils étaient à l’entrée de la boîte de nuit où ils se retrouvaient souvent. Tout le groupe des vainqueurs. Plus Valérie, la copine de Jeremy.

  • Major à bord de l’UWSS Macintosh.
  • Stéphane ?
  • Chargé d’exploitations pour les recherches minières extra-terrestres, UWSS Blake.
  • Et toi, Jeremy ?
  • Ah, moi, je reste sur Terre, répondit-il, en serrant la main de Valérie. Je vais au centre de recherches et d’ingénierie spatiale. Et toi ?
  • Vous ne vous doutez pas un peu ? répondit Jonathan.
  • Il y a bien quelques rumeurs, répondit Stéphane, en regardant Sophie.

Jonathan sourit.

  • UWSS Discovery, lâcha-t-il finalement. Lieutenant de passerelle.
  • Oh ! entonnèrent-ils tous ensemble.
  • Et il y a beaucoup de filles sur le Discovery, dit Sophie. Presque toutes célibataires.
  • Avec un peu de chances, tu vas y rencontrer ta future femme, dit Stéphane.

Valérie les regarda, fit une moue de la bouche et lâcha ses premiers mots de la soirée, alors qu'une larme roulait sur son visage.

  • Vous allez me manquer. On faisait quand même une sacrée bande. C’est la fin d’une époque.

Elle se retourna, et entra dans la boîte. Suivie de très près par Jeremy, puis des autres. Seuls Séverine et Jonathan restèrent dehors.

  • Tu viens ? demanda-t-elle.
  • Oui, j’arrive. J’ai juste besoin de rester seul quelques instants.

Elle se retourna et entra dans le bâtiment à son tour. Jonathan, quand à lui, se mit à penser. A beaucoup penser. Ce soir, c’était la dernière fois qu’il sortait. Sur Terre, en tout cas. Lundi, autrement dit après-demain, il partirait pour il ne savait où, et pour il ne savait combien de temps. Les ordres du départ étaient clairs : briefing lundi à 14 heures. Et à 16 heures, il serait déjà en route vers le Discovery, actuellement en orbite autour de la Terre. Quand aurait lieu la prochaine rencontre avec ses amis ? Il n’en savait fichtrement rien. Il fallait donc absolument qu’il en profite maintenant. Il saisit le médaillon qui pendait à son cou, sentit un peu de courage lui revenir, et entra à son tour dans le « AstroHouse ». C’était toujours dans cette boîte qu’ils allaient danser. Les six amis. Les six inséparables, bientôt séparés. En franchissant la porte, Jonathan se dit que toutes les filles qu’il connaissait devraient maintenant trouver quelqu’un d’autre à qui raconter leurs problèmes. Il ne pourrait plus être là pour les écouter tous les soirs. Il se força à oublier tout ça. D'un côté, ne plus être un confident allait beaucoup lui manquer. Mais d'un autre, il était temps d'aller de l'avant.

L’AstroHouse était une des nombreuses boîtes de nuit de ce qui restait de la banlieue de Lille, en France. Ravagée par la Guerre du Millénaire, il y a près de mille ans, la ville avait été entièrement rebâtie, ainsi que sa périphérie, avant l’avènement des quatre tours. Au final, elle leur avait survécu. C’était désormais une mégalopole, renommée “Europa”, qui servait également de siège à la Présidence. On la considérait à raison comme la capitale de la Terre. Et, par extension, de la race Humaine. La ville regorgeait d’étudiants, car la plupart des grandes écoles étaient à proximité. Toutes les nations ayant fusionnées depuis longtemps, le brassage ethnique avait fait le reste et les noms et prénoms donnaient parfois des résultats improbables. Comme Stéphane Freeman, pensa Jonathan. Ce dernier sortit de sa torpeur et rejoignit ses amis.

La soirée fût démentielle. Tous ignoraient quand serait la prochaine fois où ils se verraient à nouveau. Ils firent donc un pot de départ digne de ce nom.

Seul dans un coin, Jeremy regardait parfois Jonathan avec un air de jalousie. Valérie ne tarda pas à le rejoindre et elle discuta un peu avec lui en le prenant dans ses bras. Ils finirent par se lever et retourner sur la piste. Jonathan, qui avait suivi la scène de loin, préféra ne pas intervenir. Dans la boîte de nuit où ils avaient l’habitude de s’éclater comme seuls eux en avaient le secret, l’ambiance était très chaude. Tout le monde était sur la piste, ou presque. Jonathan était retourné s’asseoir. Il tenait un verre de Kéa à la main, et portait de temps en temps la paille à la bouche pour en aspirer une gorgée. Il fixait les gens évoluant sur la piste de danse. Ceux qui savaient oublier leur passé et leurs soucis. Le regard vague, le jeune homme ignorait comment les imiter. Il ne pouvait que penser. Penser à son passé, et se demander à quoi il pouvait bien ressembler. Il se rendit soudainement compte qu'il allait démarrer une nouvelle vie. Rencontrer de nouvelles têtes, sûrement de nouveaux amis. Cette vérité le frappa de plein fouet, comme s'il venait de recevoir un uppercut en plein visage. A peine adulte, il ne savait ni d'où il venait, ni où il allait. Un cas d'école du paumé, se dit-il. Il regarda Jeremy et Valérie dansant ensemble, avec cette confiance aveugle en l’autre que lui n’avait jamais connu. Puis il vit Stéphane, qui dansait avec Sophie. Étonnement, ils faisaient un beau couple. Pourquoi lui n’avait-il pas droit au bonheur ? Serait-ce un luxe réservé à quelques privilégiés ? Pour Jonathan, ces quelques privilégiés semblaient se ramener à la totalité de la population Terrienne. Etait-il condamné à ne connaître aucune sorte d’amour ? Parfois, il lui semblait que même l’amour-propre lui manquait. Peut-être faut-il s’aimer soi-même avant de pouvoir être aimé, se dit-il. Mais il n’avait pas encore trouvé sa voie. Il ne s’aimait pas, et se trouvait inutile. Tout le monde à une mission dans la vie, pensait-il. Mais il n’avait pas encore trouvé la sienne. Il ne connaissait que l’amitié. Sur ce plan-là, il n’avait aucun complexe à avoir. Il faisait même parfois des envieux, et aurait pu donner des cours. Il finit son verre.

Quand l’esprit de Jonathan redescendit sur Terre, il tenait son médaillon à la main. Et Jeremy lui parlait.

  • Comment il va, le premier de la classe ?

Jonathan releva la tête. Tous ces amis étaient là, à le regarder fixement. Jonathan fut frappé par l’intonation qu’avait pris Jeremy. Etait-ce un sarcasme ? Il passa vite à autre chose.

  • Pas trop mal, pourquoi ?
  • T’as pas l’air, enchaîna Stéphane.
  • Si, si, ça va.

Il lâcha son médaillon, qui partit frapper mollement son tee-shirt.

  • Tu as l’air de vraiment tenir à ce médaillon, dit Séverine. Quand j’y repense, je ne t’ai jamais vu sans.
  • C’est vrai, continua Jeremy. Alors, au bout de trois ans, tu vas nous expliquer ?
  • Il vient de deux personnes qui me sont très chères.

Il regarda sa montre, qui indiquait près de cinq heures du matin, puis se leva.

  • Bon, dit-il. Il faut que j’y aille. Je dois être frais et dispo pour lundi. Surtout si je dois piloter un vaisseau spatial.

Il dit au revoir à tout le monde, et se mit en marche vers la sortie.

  • Tu ne nous en diras donc pas plus au sujet de ce médaillon ?
  • Vous savez, répondit-il, il y a encore énormément de choses que vous ignorez à mon sujet.
  • Certains moins que d’autres, lâcha Sophie.

Tous se retournèrent vers elle. Jonathan lui sourit. Elle savait presque tout de lui. Et surtout elle connaissait l'histoire de ce médaillon. Les regards revinrent vers Jonathan.

  • Et on les connaîtra quand ? demanda Jeremy.
  • Qui sait ! Peut-être à notre prochaine rencontre !

Il sourit, puis agita la main droite en signe d’au revoir.

  • Bonne chance à tous, lâcha-t-il finalement.
  • Bonne chance, Jonathan, répondirent les autres, en chœur.
  • Et essaie de nous envoyer un mail avant de sortir du système, lança Sophie.
  • Promis, jeta-il avant de disparaître dans l’obscurité de la salle.

Il sortit de la boîte, rejoignit son scooter, grimpa dessus, le démarra et partit lentement, après avoir jeté un dernier coup d’œil au « AstroHouse ». Encore un endroit qu’il ne verrait plus de si tôt.

A l’intérieur du bâtiment, les cinq restants s’étaient amassés autour de Sophie.

  • Tu sais d’où vient le médaillon ? demanda Stéphane.
  • Oui, répondit-elle. Il lui vient de ses parents.
  • Ils habitent loin ? demanda Valérie.
  • Je ne sais pas. Il ne les a jamais connus. Il a été déposé devant un orphelinat catholique dans un couffin alors qu’il n’avait pas deux mois. Avec juste ce médaillon et un mot disant son nom. 

Jonathan seul sur la route, pensait encore et toujours. Il pensait à ses amis. Au jour où il les reverrait. Puis son esprit se tourna de nouveau vers les filles. Pourquoi bon sang était-il toujours seul ? Tout ce qu’il souhaitait, c’était fonder une famille. Avec une femme qu’il aimerait de tout son cœur. Et dont il partagerait l’amour avec ses enfants. Voilà tout ce que Jonathan demandait. Une famille. Comme celle que ses parents avaient fondé. Comme il l’imaginait, tout du moins. Sous ses yeux larmoyants, la route défilait, longue ligne de béton à peine éclairée sous une nuit étoilée. 





Le dimanche après-midi, après un douche bien méritée et surtout plus que nécessaire, Jonathan se mit en route vers l'orphelinat où il avait grandi. Il n'y avait qu'une dizaine de kilomètres jusqu'à la gare centrale et il sentait qu'une bonne marche lui ferait du bien pour évacuer le stress du départ. Le jeune homme se mit donc en route, longeant les buildings d'habitation et autres sociétés diverses. Il fut arrêté par trois agents de police pour un contrôle d'identité, et un des officiers scanna sa carte d'identité, et Jonathan fut surpris de voir que les bases de données avaient déjà été mises à jour. En effet, en regardant les résultats sur l'écran qui s'affichait dans son gant, le fonctionnaire changea de ton pour être bien plus courtois et rendit le papier à Jonathan en le gratifiant d'un "Excusez-moi pour le dérangement, Lieutenant", sur quoi le jeune militaire les remercia pour leur travail, et reprit sa route.

Sortant des quartiers prolétaires, il arriva au parc William Jones, en face duquel trônait le Telecom Palace, le siège de la politique Terrienne sur l'ensemble des mondes connus.

Le pieton continua son parcours et arriva une demi heure plus tard à la gare, où une navette l'emmena à trois cents kilomètres de là en dix minutes. L'orphelinat Saint Christophe n'était désormais plus qu'à vingt minutes à pied. Sur la route, il trouva une pâtisserie qu'il dévalisa. Quand il arriva enfin à destination, il sonna et attendit qu'on lui ouvre. Ce fut un visage familier qui lui apparut dans l'embrasure de la porte.

  • Jonathan ! s'exclama soeur Marie. Quel bonheur de te revoir ! J'ai bien cru que tu partirais sans venir nous voir !

Jonathan sourit.

  • Quelle drôle d'idée ma sœur ! Vous savez que vous avez été comme une mère pour moi. Je ne pourrais pas partir sans venir vous dire au revoir !
  • Entre donc, ne reste pas dehors.

A l'intérieur, le bâtiment était plutôt sobre. Ils se dirigèrent vers une sorte de cafétéria. Sur la droite, un vaste jardin était piétiné par des enfants qui couraient et riaient.

  • Un café ? Demanda soeur Marie. Sans sucre?

Jonathan sourit à nouveau.

  • Vous avez bonne mémoire ma soeur. Oui, merci.

Elle lui servit son breuvage dans une toute petite tasse qui rappela des souvenirs à Jonathan. 

Elle a toujours été très gentille mais aussi un peu radine.

  • Vous avez reçu l'ordre de mission, demanda Jonathan.
  • Effectivement. Le dernier document que je recevrai jamais te concernant. Mes félicitations pour ce brillant parcours. Et pour cette nomination.
  • Ma sœur… Je ne suis pas seulement venu vous dire au revoir. Je voulais aussi m'excuser. J'aurais dû venir vous voir plus souvent.
  • Non, ne t'excuse pas. Tu es un jeune homme de vingt ans, et tu étudiait dans la plus grande école militaire. Je comprends qu'une vieille folle de quatre-vingts ans qui croit en un ami imaginaire ne soit pas ta priorité.
  • Ne dites pas ça. J'aurais du me libérer pour venir vous voir plus souvent. Je n'ai pensé qu'à ma petite personne. J'ai péché par paresse et par orgueil.
  • N'utilise pas mon vocabulaire pour me faire plaisir, petit McCarthy. Je sais bien que tu n'y crois pas. Mon seul échec avec toi à été mon incapacité à te faire sortir de ton athéisme.
  • Ce n'est pas un échec ma sœur. Vous avez fait beaucoup pour moi et je vous en serais éternellement reconnaissant.

Il regarda la vieille femme droit dans les yeux et sourit. Puis il déposa le grand sac de la pâtisserie sur la table.

  • Appelez les enfants, ma sœur. C'est l'heure du péché de gourmandise.

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